Emission SI VIS PACEM, radio libertaire, 24 mars 2011
Animation: Bernard Baissat, Maurice Montet
Invité: Tahar Bekri, poète, pour parler de son livre " Salam Gaza" et de son pays, la Tunisie

 

SALAM GAZA, Tahar Bekri, éditions elyzad, Tunis 2010

 

 

27 décembre 2008, l'armée israélienne déclare la guerre à Gaza. Tahar Bekri, poète né à Gabes en Tunisie et maître de conférences à l'université de Paris-Ouest Nanterre, note au jour le jour son indignation. Au mois de mars 2009, il est invité, à l'occasion du Printemps des Poètes, par le Centre culturel français de Naplouse, à faire des lectures de poésies dans les Territoires palestiniens occupés de Ramallah, Naplouse, Jérusalem-est et Bir Zeit.

 

 

« La poésie a toujours été pour moi une leçon d'humanité. Sa beauté réside dans sa générosité, dans son refus de la laideur,de la haine, de la raison arbitraire. Comment un coeur de poète peut-il accepter tant de violence, tant d'injustice? »

 

 

Confronté à la tragédie du peuple palestinien, humilié, opprimé, écrasé par l'armée et la colonisation israélienne Tahar Bekri, ne peut pas retenir ses larmes quand il entend, dans le camp de réfugiés de Balata, aux abords de la ville de Naplouse, des fillettes chanter en arabe:

 

 

«  Mon Dieu apprends-moi la patience

 

Ton nom est force dans mon coeur

 

Rassure-moi donne-moi la patience

 

Donne-moi la force contre toute injustice

 

Les jours et les années passent

 

Et moi je souffre et je parle

 

Personne ne souffle mot

 

Mes amis et les plus chers des êtres

 

M'ont laissé et abandonné

 

Ils me manquent depuis qu'ils sont partis

 

Leur éloignement me donne des larmes »

 

 

Tahar Bekri s'interroge alors: «  Le monde est-il à ce point insensible? » «  Comment peut-on s'entourer de fils barbelés et prétendre que la maison est une propriété légitime? Tant de lieux dans la majesté de la lumière sont séparés par les barrières de la haine, envahis par les colonies autorisées et encouragées par le gouvernement, comme s'il s'agissait de terrains vagues, protégées par les mitraillettes et les jeeps. Comment peut-on accepter cela, s'en accommoder? Tous les colons ou presque sont armés. La foi a-t-elle besoin d'arme? » «  La tragédie palestinienne ne concerne pas que ce peuple, elle illustre la lâcheté des puissants, l'absence de morale internationale »

 

 

Bouleversé par les situations qu'il découvre et touché par les personnes qu'il rencontre Tahar Bekri, qui a été sensibilisé à la cause palestinienne, dès ses années de lycée à Sfax, mesure l'ambiguïté de sa situation: « Je n'ai que ma plume pour condamner la haine, dénoncer l'injustice, déjouer le mensonge. Je n'ai que ma plume pour désavouer l'arrogance des armes, l' ivresse de la puissance, la violence des conquêtes ». Et il constate: «  Je déteste l'enfermement, les barreaux, les murs, les postes-frontières, les barrières baissées, les points de passage, les tenues militaires, les mains fermées,, les poches cousues, les portes closes, l'esprit étroit ».

 

Devant l'accueil chaleureux des Palestiniens il constate: «  la parole des poètes n'est pas vaine » et il ajoute, dans l'épilogue de janvier 2010: «  Je ne veux ni crier avec les loups ni être insensible à la souffrance humaine. Je veux tremper ma plume dans l'encre généreuse et fraternelle; non dans l'ivresse du sang ».

 

 

Les pacifistes ne peuvent qu'être d'accord avec Tahar Bekri, qui publie dans cet ouvrage son très beau poème: «  Epopée du thym de Palestine », en mémoire au poète Mahmoud Darwich. Il nous donne envie de lire ou relire ses autres livres publiés aux éditions de l'Harmattan ou aux éditions Elyzad. 

 

Bernard Baissat