LUCIEN JACQUES, artiste pacifiste 2

 

LUCIEN JACQUES, artiste pacifiste
Emission SI VIS PACEM, radio libertaire, janvier 2014
présentation: Bernard Baissat

L’ASSOCIATION des Amis de Lucien
Jacques, artiste peintre pacifiste, a
consacré le numéro 10 de son bulletin
d’octobre 2013, à La guerre de 14-18
vue par Lucien Jacques.
Jacky Michel, président de l’association,
qui a assuré les recherches et
la belle mise en pages de ce bulletin,
présente ainsi l’ouvrage :
« Les documents inédits (lettres,
croquis, aquarelles) présentés dans ce
recueil ont été retrouvés en décembre
2010 dans une ferme des Alpesde-
Haute-Provence ayant appar te nue
à Jean Giono…
Comme son futur ami Jean Giono,
Lucien Jacques sortira de la guerre 14-18
profondément choqué et marqué psychologiquement…
Déjà antimilitariste en 1912, il projette
de partir à l’étranger pour se
soustraire au service armé (ce qu’il ne
réussira pas à faire). Dès sa mobilisation,
Lucien Jacques tient un carnet
journalier écrit sur des cahiers d’éco -
lier, souvent au crayon gris. Il les transmet,
une fois pleins, à ses parents ou
amis, ainsi que ses poèmes, dessins et
aquarelles.
Il reprendra ses textes en 1931 pour
proposer à un éditeur ses « Carnets de
moleskine ». Il les éditera finalement luimême
dans les célèbres Cahiers du
Contadour en 1936.
En 1939, Gallimard réédite dans sa
collection blanche
Carnets de moleskine avec une préface de seize pages
de Jean Giono. Cette préface (dans
laquelle Jean Giono écrit des pages
très virulentes contre la guerre qui
s’annonce) entraînera l’interdiction du
livre qui va circuler « sous le manteau. »
Dans ce nouveau bulletin, les lettres,
les croquis, les dessins, les bois
gravés, les aquarelles, les récits, les
poèmes et même les chansons, ad -
mirablement mis en pages, constituent
un ensemble indispensable pour mieux
connaître cet artiste qui a défendu
jusqu’à sa mort le pacifisme intégral.
Pour faire comprendre la sensibilité
de Lucien Jacques, voici un poème
écrit sur le front, à Troyon, le 28 octobre
1914.
Après avoir observé le cadavre
« affreusement décomposé » d’un sergent
allemand retiré de la Meuse, il fait
un croquis puis écrit :
Le Noyé
À ceux de mon escouade
Le noyé qui gît là dans l’herbe de la berge,
n’ayant plus rien d’humain qu’une main non rongée
où luit un anneau d’or,
poussé du pied par vous avec haine et dégoût
ainsi que la charogne d’une bête mauvaise,
parce qu’il est vêtu d’un dolman ennemi
était pourtant un homme – un homme –
un tout jeune homme
nourri d’air, de soleil, d’amour, tout comme vous.
Peut-être que chez lui vivait sa douce mère,
sûrement son épouse, peut-être des enfants !
Songez, quelle agonie angoissée loin des siens
il dut avoir, blessé, dans l’ombre de la nuit
et l’eau froide et profonde.
Qu’une pensée humaine au moins soit son linceul.
Ce poème sera publié dans La
Pâque dans la grange, en 1924.
Le dernier bulletin des Amis de Lucien Jacques mérite une
attention particulière des pacifistes,
mais tous les bulletins de l’association
sont passionnants pour mieux connaître un artiste qui a toujours voulu rester
discret et modeste, mais qui possède de grandes qualités artistiques, pas
encore suffisamment reconnues.
Nous nous réjouissons donc d’apprendre
que les éditions Gallimard ont
décidé de rééditer Les "Carnets de moleskine"